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Quelle est la situation des prolétaires qui sont officiellement enregistrés comme hommes et citoyens ukrainiens ? D’une manière générale, ils sont attaqués de plusieurs côtés. D’une part, il y a l’invasion meurtrière de l’Ukraine par l’armée russe. D’autre part, ils sont mobilisés de force par l’armée ukrainienne et envoyés au front, d’où ils reviennent traumatisés, mutilés ou morts. Ceux qui échappent à la mobilisation ou qui désertent sont torturés, persécutés et stigmatisés. Beaucoup sont également morts en tentant de franchir illégalement la frontière ukrainienne, que le régime ukrainien maintient hermétiquement fermée. Vladislav a eu la chance de survivre. Il a fui l’Ukraine en passant par les montagnes roumaines. Sa situation s’est améliorée, mais de nouvelles menaces et attaques apparaissent sans cesse. Le gouvernement de Zelenski fait passer des lois répressives qui visent les déserteurs et les opposants à la mobilisation vivant dans les pays de l’Union européenne. « Le régime a pour objectif de ramener autant de chair à canon que possible depuis l’UE et fera tout ce qui est en son pouvoir pour y arriver », explique Vladislav. En octobre 2025, nous l’avons rencontré dans une ville autrichienne pour discuter des problèmes auxquels sont confrontés les déserteurs et des moyens de s’en défendre.
Avant même de commencer l’interview, il s’est avéré que le trajet en train pouvait parfois poser problème, même si vous achetez un billet. Le voyage de Vladislav est devenu de plus en plus compliqué et, la veille de l’événement, il a même dû passer la nuit dans une ville complètement différente de celle où il avait prévu de se rendre. Vladislav a toutefois réagi à cette longue série de complications avec un calme absolu : « J’ai failli mourir lorsque j’ai fui pendant huit jours à travers les montagnes roumaines en hiver pour échapper à l’armée et à la guerre. Depuis lors, plus rien ne peut m’atteindre. » Dans d’autres situations également, notre invité s’est révélé véritablement endurci par les expériences de la vie. Il ne s’est pas stressé pour des choses qui auraient stressé d’autres personnes et a accepté calmement les complications organisationnelles qui rendaient notre équipe quelque peu nerveuse.
À son arrivée, Vladislav a d’abord expliqué à notre cercle d’amis pourquoi il avait fui et comment la police, l’armée, les médecins et les gardes-frontières avaient réagi. Des photos montrant les blessures qu’il avait subies illustraient l’horreur de son calvaire.

La conversation s’est ensuite orientée vers quatre thèmes principaux :
- Premièrement, quelles méthodes répressives l’État ukrainien utilise-t-il pour lutter contre la désertion et contraindre les gens à aller au front ?
- Deuxièmement, comment est-il possible d’échapper à la mobilisation forcée ou de fuir vers l’un des pays de l’Union européenne ?
- Troisièmement, quel est le statut des réfugiés dans les pays de l’Union européenne ?
- Quatrièmement, que faut-il changer pour que les réfugiés qui se trouvent déjà dans l’UE puissent obtenir le meilleur statut possible qui leur « garantisse » qu’ils ne seront pas persécutés ni renvoyés en Ukraine, ni pendant ni après la guerre ?
Au cours de la discussion qui a suivi, c’est le quatrième thème qui a retenu le plus l’attention. Vladislav a mentionné à plusieurs reprises que les autorités de l’UE refusaient d’accorder l’asile aux déserteurs et autres réfugiés masculins originaires d’Ukraine. Seul un permis de séjour temporaire leur est automatiquement accordé. Cela leur est préjudiciable, non seulement en termes de « droits » (dont ils sont privés) dans le pays d’accueil, mais aussi parce que, sans statut de réfugié, ils courent un risque accru d’être renvoyés en Ukraine, où ils s’exposent à des brimades administratives, des persécutions ou des poursuites pénales. Les participants à la discussion ont convenu qu’il était d’abord nécessaire de dresser un état des lieux et de recueillir des informations pertinentes, qui seront ensuite publiées en plusieurs langues. Il sera ensuite possible d’organiser des activités visant à faire pression sur les institutions concernées afin d’améliorer la situation des réfugiés. Concrètement, cela devrait notamment permettre de garantir que les personnes qui déposent une demande d’asile n’aient pas à prouver individuellement qu’elles courent un danger mortel de la part de l’État ukrainien et de son armée. Tout déserteur ou homme fuyant la mobilisation se trouve, par définition, dans une situation dangereuse. Cette conclusion peut être tirée de manière générale, sans exception. Notre objectif partiel est d’amener les autorités à accepter cela et à accorder automatiquement l’asile à toute personne se trouvant dans cette situation, avec une protection appropriée contre les menaces de l’État ukrainien, de l’armée, des tribunaux, etc. Cependant, nous ne nous faisons aucune illusion : nous savons que l’autodéfense doit avant tout provenir de structures et d’activités autonomes organisées par la classe ouvrière en dehors de l’État et en opposition aux États.
Nous poursuivons actuellement les discussions sur la manière d’atteindre cet objectif et avons déjà pris des mesures concrètes. En outre, nous souhaitons également développer à l’avenir d’autres thèmes connexes figurant dans la liste suivante :
1. Assistance juridique aux déserteurs et aux réfugiés
* Comment collecter et vérifier les documents attestant l’identité et le statut d’une personne afin de la protéger contre la mobilisation forcée.
* Conseils pratiques sur l’utilisation des lois européennes relatives à la protection des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur de « leur propre pays ».
* Aide pour remplir les demandes auprès des archives, aide pour obtenir des actes de naissance, des actes de décès et des documents prouvant la nationalité.
2. Sécurité de l’information pour les déserteurs et les réfugiés
* Comment collecter et stocker en toute sécurité des informations sur les mesures répressives prises par l’État sans risquer d’être découvert.
* Méthodes d’anonymat numérique, minimisation de la surveillance par les services spéciaux.
* Outils permettant de vérifier la fiabilité des sources d’information sur les opérations militaires et la mobilisation.
3. Protection pratique et logistique de la fuite
* Conseils sur le franchissement sécurisé des frontières, l’orientation, les cachettes et la minimisation des risques.
* Le rôle des petites communautés et des réseaux de solidarité dans le soutien aux personnes qui se cachent pour échapper à la mobilisation.
* Transport sécurisé des animaux de compagnie et soutien psychologique pendant la fuite.
4. Étude de la documentation sur la guerre et la répression
* Comment analyser et documenter les cas de violations des droits humains et de crimes de guerre.
* Création d’archives et de dossiers pouvant être utilisés à des fins de défense et de plaidoyer.
* Interconnexion entre les activités de protection des droits humains et les pratiques anarchistes de solidarité.
5. Stratégies d’éducation et de communication
* Comment transmettre aux parties intéressées des informations sur les lois répressives et les risques liés à la mobilisation.
* Méthodes pour enseigner des comportements sûrs sans impliquer l’État ou la bureaucratie.
* Organisation de séminaires, de conférences et de publications pour élargir les réseaux de solidarité anarchistes.
6. La pratique du défaitisme révolutionnaire
* Comment s’opposer à l’agression guerrière impérialiste sans défendre la démocratie bourgeoise, le nationalisme et l’État.
* Que signifiait le défaitisme révolutionnaire dans les guerres passées, et que peut-il signifier aujourd’hui ?
Traduction française : Les Amis de la Guerre de Classe